Ituri : Augustin Kuratabo, alias « Aksante Sana », demande pardon à Luboya, un geste qui interroge

Hier, Luboya était présenté comme le problème. Aujourd’hui, Augustin Kuratabo, connu du public sous le pseudonyme « Aksante Sana », demande pardon. Un pardon adressé à l’ancien gouverneur de l’Ituri, mais aussi à son porte-parole.

Ce geste peut être lu comme une volonté d’apaisement. Mais au-delà de l’émotion suscitée, une interrogation demeure : qu’est-ce qui a changé entre hier et aujourd’hui ?

Car en politique, les positions d’hier ne s’effacent pas simplement par une demande de pardon. Lorsque Kuratabo évoluait au sein de la CRP de Thomas Lubanga, quel était son regard sur Luboya ? Quel discours tenait-il à l’époque ? Et comment expliquait-il alors ses désaccords avec l’ancien gouverneur ?

Aujourd’hui, le même acteur revient avec une démarche de réconciliation. Ce retournement interpelle. Non pas pour refuser à quiconque le droit de reconnaître ses erreurs, mais parce que la population est en droit de comprendre le chemin qui mène d’une position à une autre.

Le pardon entre responsables politiques peut refermer une page entre les personnes concernées. Mais il ne suffit pas à refermer les blessures d’une population qui continue de vivre les conséquences des crises traversées par l’Ituri. Dans plusieurs coins de la province, des familles restent confrontées aux déplacements, à la perte de leurs biens et à l’incertitude.

Alors, pendant que les acteurs politiques se pardonnent, une question persiste : qui demande pardon à la population ?

Le pardon est une valeur humaine. Il peut apaiser les relations et permettre de tourner une page. Mais tourner une page ne signifie pas déchirer le livre. La mémoire collective demeure. Les discours d’hier demeurent. Les décisions demeurent. Et les conséquences subies par la population demeurent également.

Voilà pourquoi la demande de pardon de Kuratabo mérite d’être examinée au-delà du simple geste politique. Hier, Luboya était-il réellement le problème ? Et si oui, qu’est-ce qui explique le changement de ton aujourd’hui ?

La question n’est pas de condamner le pardon, mais de comprendre. Car en démocratie, les responsables peuvent changer de position, reconnaître leurs erreurs et se réconcilier. Mais le peuple, lui, a le droit d’exiger des explications.

Aksante Sana demande pardon. C’est son droit. Mais derrière ce pardon, une autre responsabilité demeure : expliquer ce qui s’est passé hier, ce qui a changé aujourd’hui, et surtout ce que cette réconciliation apporte concrètement à une population qui attend encore des réponses.

Car les alliances peuvent évoluer, les discours peuvent se transformer et les hommes peuvent se réconcilier. Mais la mémoire du peuple, elle, ne s’efface pas avec un simple pardon.

Freddy Mulaba

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