Alors que l’attention nationale reste braquée sur les conflits armés dans l’Est, une autre bataille stratégique se joue en silence sous le sol de l’Ituri : celle du pétrole du bassin du lac Albert.
Un gisement partagé, un retard congolais
Le bassin Albertin, à cheval entre la RDC et l’Ouganda, figure parmi les plus grands bassins pétroliers d’Afrique.
Côté ougandais, plus de 6,5 milliards de barils ont été découverts, dont environ 1,4 milliard récupérables. Les formations géologiques se prolongent du côté congolais, notamment en Ituri, où le potentiel est estimé à plus de 5 milliards de barils. Faute d’exploration suffisante, ces réserves restent toutefois à confirmer.
Pendant ce temps, l’Ouganda avance à grands pas. Kampala a investi des milliards dans les champs de Tilenga et Kingfisher, construit des routes, un aéroport international à Kabale, des unités de traitement, et surtout l’oléoduc géant EACOP. Long de 1 443 km, il reliera les champs du lac Albert au port de Tanga en Tanzanie. L’entrée en production commerciale est prévue pour décembre 2026.
Le risque : arriver trop tard
Les réservoirs pétroliers ne connaissent pas de frontières. Une exploitation intensive d’un côté peut affecter le gisement de l’autre. C’est pourquoi de nombreux pays signent des accords d’exploitation conjointe afin de coordonner la production et éviter les conflits.
Or, à ce jour, aucun accord n’existe entre la RDC et l’Ouganda sur le bassin transfrontalier. Kinshasa reste en retrait alors que Kampala s’apprête à produire. Cela ne signifie pas que l’Ouganda « vole » le pétrole congolais, mais si la RDC tarde à explorer et à défendre ses droits, elle risque de se retrouver en position de faiblesse lors des négociations.
Une course régionale déjà lancée
La pression s’accentue. Le milliardaire nigérian Aliko Dangote envisage l’implantation d’une méga-raffinerie en Afrique de l’Est. Le Kenya et la Tanzanie se disputent déjà cette infrastructure stratégique.
Pendant que les voisins développent pipelines, raffineries et ports, la RDC demeure spectatrice, malgré l’un des plus grands potentiels énergétiques du continent.
L’urgence d’agir
Pour l’analyste Bruno Kamanda Nen’ling, chargé de communication du PJI, « l’heure n’est plus aux discours ». Il appelle à :
- Lancer une exploration intensive du bassin du lac Albert côté congolais
- Renforcer les capacités institutionnelles du secteurPréparer une stratégie nationale de raffinage
- Ouvrir des discussions techniques avec l’Ouganda sur la gestion des gisements transfrontaliers
« Le pétrole de l’Ituri ne doit pas devenir une nouvelle occasion manquée. Il peut être un levier d’industrialisation, de création d’emplois et de souveraineté économique, à condition que la RDC décide enfin d’anticiper plutôt que de subir », conclut-il.
« L’histoire ne récompense pas les pays qui possèdent les ressources. Elle récompense ceux qui savent les protéger, les développer et les transformer au service de leur peuple. »
Rédaction
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