Depuis l’annonce officielle de la prise de tête du nouveau mouvement politico-militaire, un silence inhabituel semble s’installer sur les radios, les chaînes WhatsApp et les pages Facebook de plusieurs partis politiques et mouvements citoyens. De nombreux petits acteurs politiques, notamment ceux de la nouvelle génération, qui ne disposent pas encore d’un long parcours dans la sphère politique congolaise, se montrent particulièrement discrets.
Une question s’impose alors : où sont passés nos petits acteurs politiques ?
Où sont ces présidents de jeunes partis politiques et de mouvements citoyens, particulièrement dans l’Est du pays, qui, il y a encore quelques jours, donnaient régulièrement des leçons de gouvernance ? Où sont ces cadres de Bunia, de Butembo, de Kisangani et d’ailleurs, qui commentaient presque chaque événement de l’actualité nationale ? Pourquoi ce mutisme soudain face à une situation sécuritaire et politique aussi sensible ?
Est-ce le signe d’une certaine sagesse ? Ont-ils enfin compris que la politique ne se résume pas à des commentaires sur les réseaux sociaux et qu’il faut parfois prendre du recul, analyser les événements et mesurer la portée de ses déclarations avant de s’exprimer ?
Ou bien faut-il y voir une forme de peur ?
Ce silence traduit-il la crainte de se tromper de camp ? Dans un pays où une même déclaration peut vous faire passer pour un traître à Kinshasa et pour un héros à Goma, ou inversement, la prudence est-elle devenue une nécessité ? Le silence ne serait-il pas, dans ce contexte, la meilleure stratégie de survie politique ?
Faut-il également y voir une inquiétude pour leur sécurité physique ? Ces acteurs politiques, qui évoluent généralement au sein de la population et ne bénéficient pas nécessairement de dispositifs de protection, peuvent-ils craindre qu’une parole mal interprétée leur coûte leur liberté, voire mette leur vie en danger ?
Ou serait-ce la peur de perdre quelques avantages politiques ? Une petite subvention, une promesse de candidature aux prochaines élections locales ou l’espoir de bénéficier d’un soutien politique suffiraient-ils à justifier une telle réserve ? Ces éventuels intérêts valent-ils le risque de renoncer à prendre position sur une question qui engage l’avenir du pays ?
Au-delà de ces interrogations, une question fondamentale demeure : que signifie ce silence pour la démocratie congolaise ?
Si ceux qui sont censés contribuer à l’éveil de la conscience politique de la population se taisent dès que le bruit des armes se fait entendre, qui prendra la parole ? Si les sentinelles de la démocratie hésitent à alerter l’opinion publique dans les moments les plus sensibles, qui assumera cette responsabilité ?
Je continue de m’interroger : ce silence est-il temporaire, le temps que la situation s’éclaircisse et que les rapports de force se dessinent davantage ? Ou révèle-t-il une classe politique locale déjà résignée, convaincue que son heure n’est pas encore venue ?
Le débat reste ouvert. Le silence des acteurs politiques ne constitue pas nécessairement une preuve de peur ou de renoncement : il peut aussi traduire une volonté de prudence face à une situation complexe. Toutefois, lorsque ceux qui aspirent à exercer des responsabilités publiques se montrent particulièrement discrets devant des événements majeurs, il est légitime de s’interroger sur leur rôle, leur courage politique et leur capacité à éclairer l’opinion.
Le jour où le peuple entendra de nouveau leurs voix, sans tremblement ni calcul excessif, il pourra peut-être y voir le signe d’un changement. En attendant, une interrogation demeure : ce silence est-il le fruit de la prudence ou le reflet d’une peur qui ne dit pas son nom ?
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